60 jours. 60 jours de marée noire dans le Golfe du Mexique. 60 jours de mensonges de la part de BP qui essaie de cacher les vrais chiffres, qui essaie de “noyer le poisson” (dans le pétrole).
Situation actuelle
Le 20 avril, la plateforme pétrolière de BP Deepwater Horizon a coulé dans le Golfe du Mexique. C’était il y a 60 jours.
On sait aujourd’hui qu’avant l’accident, la compagnie avait augmenté la cadence d’exploitation, au mépris du principe de précaution, ce qui aurait alors mis la plateforme en sérieux danger.
A cause de l’accident, le souci majeur est que le puits d’extraction, situé à plus de 1’500m de profondeur, continue à déverser du pétrole. Comme si la Terre, atteinte d’hémorragie, ne cessait de saigner. D’après les experts scientifiques, il y aurait près de 9 millions de litres de pétrole qui en jailliraient par jour, pour près de 440 millions de litres depuis 60 jours !!!!!
Depuis le 20 avril, de nombreuses “solutions” ont été mises en place par BP, toutes aussi inefficaces les unes que les autres: tentative de poser un “bouchon” sur la sortie du puits, mettre le feu au pétrole en surface (merci la pollution atmosphérique), utiliser un agent (toxique) chimique capable de dissoudre le pétrole en surface… On en est finalement resté à la bonne vieille solution de pomper le brut à la surface, tout simplement. BP dit en retirer près de 2 millions de litres par jour (sur 9 donc).
Les photos (impressionnantes) de la situation après 60 jours peuvent être vues ici
Politique
Le monde entier a les yeux rivés sur la catastrophe. Obama tente de répondre comme il peut à la crise majeure: aide à la Louisiane, à la Floride, les deux États directement touchés, lancement d’une politique énergétique durable favorisant les énergies renouvelables et… propres, pression sur BP, etc. On compare désormais le Golfe du Mexique à Bush et Katrina en 2005, lorsque le président s’est rapidement fait dépasser par les évènements et n’a pas su y faire correctement face. On verra en octobre 2012 si le public américain lui en tiendra rigueur, pour autant qu’il se représente à la Maison Blanche.
Conséquences
Les conséquences de la catastrophe sont énormes. Conséquences environnementales bien sûr, la faune étant affectée : poissons, mammifères marins, oiseaux. Le pétrole a atteint les côtes et pollue le rivage et la flore. Enfin conséquences humaines, les habitants des États touchés ne peuvent plus compter sur des revenus liés à la pêche, sachant que le Golfe du Mexique apporte / apportait près de 40% du poisson américain. Le tourisme est également sérieusement affecté. Autre souci inquiétant pour nous, européens, qui dit Golfe du Mexique dit également Gulf Stream, un courant marin chaud traversant l’Atlantique et remontant près des côtés de l’Irlande et de l’Écosse. Il n’est pas impossible qu’une partie de ce pétrole fasse ainsi le voyage, se retrouvant alors en plein milieu de l’Atlantique est sur l’Europe Occidentale.
BP
Longtemps la compagnie pétrolière a tenté de cacher les chiffres exactes du pétrole déversé. Elle a même obtenu de google les droits pour faire rediriger les (nombreuses) recherches sur le net la concernant sur leur site officiel, histoire de maîtriser la comm / vérité vraie. BP vient d’ailleurs d’annoncer qu’ils allaient verser 50 milliards de dollars en compensation au Golfe pour “s’excuser”. BP espère d’ailleurs mettre en place un système de pompage capable de récupérer près de 90% du pétrole, ce qui n’est de loin pas encore le cas. Rappelons que BP signifiait encore British Petroleum il y a près de 10 ans, avant de changer subtilement pour Beyond Petroleum pour se redorer le blason (vous aurez relevé le greenwashing). Il faudra désormais à la compagnie pétrolière britannique bien plus que juste un changement de slogan… British Polluters leur va aujourd’hui beaucoup mieux
Réactions
Greenpeace a lancé il y a quelques semaines un concours pour proposer un nouveau logo pour BP. Nous en avons d’ailleurs publié quelques-uns dans cet article. Les résultats sont funky et peuvent se voir ici.
Le petit éditeur américain et très engagé de jeux de société TerrorBull Games vient de créer un jeu à deux joueurs en anglais. L’un des joueurs jouera BP et devra tenter de minimiser les pertes aux actionnaires, tandis que l’autre joueur, représentant l’opinion public, devra essayer de trouver une solution à la catastrophe. Ce jeu, cynique au possible, peut être gratuitement téléchargé sur le site de l’éditeur ici. Il vous faudra juste une imprimante, des ciseaux et quelques cartes pour pouvoir y jouer. Bonne partie !
Positif
La catastrophe du Golfe aura eu au moins deux points positifs :
- Elle aura permis de prendre conscience que de l’autre côté de l’Atlantique, au Nigeria, une autre catastrophe pétrolière et environnementale sévit depuis des années et dont la couverture médiatique est très faible. Si aujourd’hui toute l’attention est focalisée sur la Louisiane, on a tendance à oublier qu’il se passe des évènements bien plus graves en Afrique. Pour lire un article du Courrier International à ce propos, c’est ici.
- Nous sommes tous responsables de cette catastrophe ! Aux portes des vacances d’été et de son cortège de vacanciers en tongs dans les aéroports ainsi que des bouchons interminables sur les autoroutes, nous devons nous remettre en question. Dépendants et consommateurs effrénés de pétrole, après 60 jours de marée noire, nous en voyons les conséquences directes. Certes, BP est directement responsable de la catastrophe, mais notre consommation et mode de vie fait que nous portons tous un fragment de cette responsabilité puisque nous alimentons le problème. Certaines voix parlent de boycotter les stations BP. Il serait plus efficace de boycotter le pétrole, tout simplement, ce qui pousserait les compagnies et nos dirigeants, bien contents de prélever une taxe sur l’or noir au passage, de revoir leur politique. Mais est-ce vraiment possible aujourd’hui de se passer totalement de pétrole ? Essayons quoi qu’il en soit de réduire notre consommation. Favoriser une mobilité douce avec moins de déplacements en avion ou voiture, préférer une agriculture locale et de saison, réduire notre consommation électrique (produite à près de 75% de ressources fossiles au niveau mondial).
Rendez-vous dans 60 jours pour un prochain bilan, moins pessimiste on peut / doit l’espérer.






