Ec(h)o Mag

Echo Mag est un magazine pdf gratuit sur l'actualité environmentale

La peur du peu

Comme pratiquement chaque mois, avec nos amis de la GreenTeam, nous lançons une Loop, des articles sur le même sujet et tous liés.

Et quelle meilleure occasion qu’Halloween pour écrire des articles sur la peur?

Racines

Il est étrange de se pencher sur notre relation à la peur. Nous aimons avoir peur, mais dans une moindre mesure et dans des situations contrôlées : films d’horreur, parcs d’attractions, sports extrêmes. Car oui, la peur libère des hormones et fait ressentir des émotions vives, pour nous changer d’un quotidien qui peut s’avérer parfois morne.

La peur est liée à nos sociétés. Peur du noir enfant, peur de la mort adulte, la peur est souvent profonde, quelques fois irrationnelle, surtout quand elle est conceptualisée. Nos contes traditionnels sont là pour en témoigner : peur des forêts, des monstres, de la solitude, de l’abandon, du rejet. Comme si pour prouver notre force et supériorité il était impératif de se confronter à la peur tel un rituel endémique.

Rassassié

Ec(h)oMag, et la GreenTeam, est un site traitant d’écologie. Alors quel rapport avec la peur?

Nous sommes en train de vivre une crise écologique sans précédent, et ce n’est que le début: réchauffement de la planète, pollution, diminution des ressources naturelles, extinction des espèces. Et si cet état de fait n’était pas tout simplement lié à notre peur, celle de ne pas avoir assez?

Bébés, nous avions besoin de nourriture, d’amour. En grandissant, nous avons commencé à être entourés d’objets divers et ludiques. Une fois adulte, nous nous sommes alors trouvés enveloppés dans une abondance constante: livres, jeux, technologie, appareils ménagers, habits. Des objets pour représenter notre train de vie, et donc notre soi-disante “richesse”, comme si l’opulence témoignait de notre “succès”. Plus nous avons, plus nous sommes.

Le problème, c’est que pour avoir, il faut produire. Et extraire. Et transporter. La possession, liée à la consommation, entraîne la pollution.

Et si ce besoin de posséder n’était justement pas lié à notre peur, celle de ne pas avoir assez? De manquer? La peur du peu.

Frugal

Il serait intéressant de comparer l’évolution historique de la quantité d’objets détenus par ménage. Plus on est riche, plus on possède. Donc plus on consomme, la planète. Aujourd’hui, il nous faudrait 1.5 planètes pour entièrement subvenir à nos besoins. 1.5 planètes, en moyenne. Beaucoup plus si nous étions tous des Américains, des Suisses ou des Français.

Avoir peu, c’est être peu. Vraiment? Nos sociétés du plein répugne le dépouillé, l’austère.

La décroissance, au terme pas sexy du tout, conçoit justement un ralentissement de notre développement, de notre économie. Mais pour y arriver, ne faudrait-il commencer à travailler sur notre peur, celle de ne pas avoir assez? Abondance rime avec sécurité. Ou plutôt, rimait, dans le passé, car aujourd’hui, nos sociétés prédatrices mettent justement cette sécurité environnementale en danger.

Pour quelque peu diminuer la crise écologique dans laquelle nous entrons, il faudrait d’abord faire un travail sur nous-mêmes, apprendre à calmer notre peur, à vivre avec, à l’accepter. Avoir moins pour vivre plus. Avoir moins pour être plus. Comme le disent les chantres de la décroissance : moins de biens, plus de liens. Jusque dans les années 2000, nous étions des consommateurs, ces dix dernières années, avec la prise de conscience écologique (plus ou moins) générale, un nouveau terme est apparu, celui de consomm’acteur. Il serait enfin temps que nous devenions des terRiens, des citoyens à l’impact écologique limité.

Et vous, avez-vous peur de n’avoir jamais assez? Avez-vous peur du vide?

En mai de cette année, nous avons publié un article sur Andrew Hyde, un anglais vivant avec 15 objets. Minimalisme et décroissance. Avec combien d’objets seriez-vous prêts à vivre?

Nos amis de la GreenTeam* vous proposent ici des articles extrêmement intéressants sur le même sujet de peur pour un spécial Halloween.

*La Greenteam est une association de blogs verts & engagés


4 Commentaires»

  luptidej wrote @

Tu as fait le tour Gus, tout est dit, à chacun maintenant d’identifier les peurs vraies, les vitales. Un super moment pour évacuer l’inutile : le déménagement : c’est alors qu’on se rend compte de tout ce qui encombre nos vies. Je ne sais pas si je pourrais vivre avec 15 objets, ou alors il faut vivre tout seul :o )

  Urus wrote @

La décroissance, donc la déconsommation : pas d´autres solutions !
http://www.quat-rues.com/catalog/vetement-commerce-equitable-coton-bio-vert-menthe-p-216.html
(dit-il en faisant de la pub pour ses T-shirts ! ;) – Mais comme nous disons chez Quat´rues – “Mieux consommer (donc moins) pour polluer moins” !)

  Jean-Marc Marron Rouge wrote @

Bonjour Gus,

Bel article que voilà. ne serait-ce pas là un des grsos problèmes de notre société? Avoir peu? L’évolution et le changement vers une société plus écologique passe forcément et obligatoirement par le changement de sa propre mentalité et donc forcément évacuation de ce qu’on a inculqué

  Erick wrote @

Gus, je suis juste épaté par ce point de vue et cet éclairage. Vraiment. La notion de décroissance avait toujours eu quelque chose qui me dérangeait. Mais je n’était jamais allé exploré les psychoses pour éventuellement y trouver une explication. Et voilà que désormais, je pense en effet que je me suis construit (pas tout seul) sur cette notion de peur du peu. Pas de boulimisme chez moi, mais n’empêche qu’avoir moins que ce que j’ai …
Bref, j’ai adoré ton approche.


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